PETIT COURS DE GAÉLIQUE IRLANDAIS
en cours d'élaboration...
Partie 1 (cuid 1)
Dans son article 8, la constitution de la République Irlandaise (Éire) indique que :
1 la langue irlandaise, langue nationale, est la première langue officielle.
2 la langue anglaise est reconnue comme seconde langue officielle.
3 Tout doit être prévu pour que l'une ou l'autre langue puisse être utilisée dans les documents officiels ou ailleurs.
La langue irlandaise à laquelle il est fait référence, est le gaélique irlandais, langue normalisée depuis la fin du XIXème siècle, à partir de dialectes celtiques locaux (chaque région avait le sien). Cette langue ne put devenir officielle qu'avec la création de l'État Libre d'Irlande (Saorstát Éireann) en 1921.
Dans la suite, on emploiera de manière équivalente les termes « gaélique » et « irlandais ». Quand on fera référence à un autre gaélique que celui de l'Irlande (par exemple celui de l'Écosse, on l'indiquera clairement).
L'alphabet utilisé est presque le même que le français. Les lettres j,q, x, y et z ne sont normalement pas employées, mais on peut les rencontrer dans des mots d'origine extra-insulaire : jab (job), zú (zoo)...
En revanche, certaines voyelles sont accentuées d'une manière inconnue par chez nous. Tout d'abord, il n'y a pas d'accent grave, ni circonflexe, ni tréma. Le seul accent utilisé est l'accent aigu ( síneadh fada), qu'on peut rencontrer sur les cinq voyelles : á, é, í, ó, ú.
Attention : les majuscules accentuées sont clairement indiquées (Á, É, Í, Ó, Ú). Normalement, en français aussi, mais dans les faits...
En tout cas, toutes les lettres utilisées en gaélique irlandais sont dans l'alphabet normalisé ISO8859-1, celui employé sur internet.
Prononciation :
Dans la suite, j'indiquerai la prononciation des mots soit en donnant une traduction phonétique française, soit en utilisant une variante de l'alphabet phonétique international IPA (variante due à Dorothy Milne, dont je reprendrai souvent les indications).
Les notations phonétiques IPA seront entre crochets
[].
Voici quelques
définitions :
Etc.
Si le signe ['] apparaît après une consonne, cela signifie qu'elle se prononce avec la langue près du palais (consonne « palatisée »)
De manière générale, les accents sur les voyelles prolongent les sons (en fait sinéadh fada veut dire accent long ; souvent, on dit juste fada).
Les articles indéfinis un, une n'existent pas. Pour dire « une fille », par exemple, on dit « fille » : cailín (prononcer : colline).
« Le », « la » se disent an. Quand le mot suivant commence par une consonne, le « n » de an ne se prononce pas.
Ex : An Phoblacht (la République) se prononce : a foblorte.
Au pluriel, « les » se dit na.
Pour les noms masculins commençant par une voyelle, en nominatif/accusatif on rajoute normalement un « t- » (Ne pas oublier le trait d'union !) :
ex : ainm = nom, mais on dit : an t-ainm (le nom)
sujet |
sujet renforcé, attribut ou complément | ||||
français |
gaélique | prononciation | français | gaélique | prononciation |
je |
mé | mé | moi | mé | mé |
tu |
tú | tou | toi | tú | tou |
il |
sé | ché | lui | é | é |
elle |
sí | chi | elle | í | i |
nous |
sinn | chine | nous | sinn | chine |
vous |
sibh | chive | vous | sibh | chive |
ils/elles |
siad | chède | eux/elles | iad | ède |
Il existe aussi un « on », c'est ceann. Néanmoins, il ne s'emploie pas dans tous les sens qu'on lui prête en Français. On en reparlera (si j'y pense).
Il existe également des formes emphatiques des pronoms, qui permettent d'insister ou d'appuyer sur le fait que c'est moi, ou toi, ou elle etc... qui fait quelque chose. Ce sont : mise (je/moi), tusa (tu/toi), seisan (il/lui), sise (elle). Je ne connais pas les autres. Je pense que sinne signifie nous emphatique.
Comme le gaélique irlandais utilise beaucoup de de prépositions dans la construction même de ses verbes, et que la suite « préposition + pronom accusatif » est souvent contractée en un seul mot, il faut connaître toutes ces contractions, sans quoi la première phrase venue est incompréhensible.
Un exemple : il n'y a pas de verbe avoir en gaélique. Au lieu de dire « J'ai une voiture », on dit « Une voiture est à moi ». « à » se dit « ag », « moi » se dit « mé » mais la séquence « à moi » se traduit en irlandais par « agam ». « J'ai une voiture » se dit ainsi Tá carr agam.
Commençons par ag :
- ag veut dire « à » dans le sens d'appartenance : « ceci est à moi ». Les contractions sont :
français |
à moi | à toi | à lui | à elle | à nous | à vous | à eux/elles |
irlandais |
agam | agat | aige | aici | againn | agaibh | acu |
- le, veut dire
« avec » :
français |
avec moi | avec toi | avec lui | avec elle | avec nous | avec vous | avec eux/elles |
irlandais |
liom | leat | leis | léi | linn | libh | leo |
- de veut dire « de », dans le
sens de :
« le chien de Carole » :
français |
de moi | de toi | de lui | d'elle | de nous | de vous | d'eux/elles |
irlandais |
do | diot | de | di | dínn | díbh | díobh |
- do veut dire « pour », ou
encore
« à » mais dans le sens : « je
le lui ai donné, à elle ».
français |
à/pour moi | à/pour toi | à/pour lui | à/pour elle | à/pour nous | à/pour vous | à/pour eux/elles |
irlandais |
dom | duit | dó | di | dúinn | daoibh | dóibh |
- ar veut dire « sur » :
français |
sur moi | sur toi | sur lui | sur elle | sur nous | sur vous | sur eux/elles |
irlandais |
orm | ort | air | uirthi | orainn | oraibh | orthu |
- ó veut dire « de », dans le
sens
« je viens de la ville » ou « je suis
originaire de cette ville ». C'est d'ailleurs de cette
préposition qu'est dérivée l'écriture des noms
irlandais comme O'Brien, ou O'Connell. En irlandais, O'Connell s'écrit
en fait Ó Connaile (dans le sens : appartenant au clan
des Connell).
français |
de moi | de toi | de lui | d'elle | de nous | de vous | d'eux/elles |
irlandais |
uaim | uait | uaidh | uaithe | uainn | uaibh | uathu |
Avant toute chose, une règle simple en irlandais : pour un temps donné, la forme du verbe est la même à toutes les personnes, (exception faite du verbe être pour la première personne du pluriel, et encore).
Autre surprise, le verbe se place toujours en premier dans une phrase.
Le verbe irlandais à connaître absolument est le verbe « être ». En fait, je devrais dire LES VERBES être. En effet, on peut dire qu'il y a un verbe être structurel utilisé pour les situations décrivant un état permanent (je suis un homme, vous êtes une femme, il est ingénieur, nous sommes français, etc.) et un verbe être conjoncturel utilisé pour les situations temporaires (je suis malade, il fait (est) beau...).
Le premier est Is dans la forme présente. La construction est : Is + attribut du sujet + sujet dans la forme attribut.
Ex : je suis un homme : is fear mé (fear = homme) - tu es/vous êtes une femme : is bean tú (il n'y a pas de vouvoiement) ;
Mais c'est un homme : is fear é (et non sé).
Nous avons vu que, en combinaison avec une préposition, le verbe être conjoncturel permet de traduire d'autres verbes, comme « avoir ». Ensuite parce que, un peu comme en anglais, le gaélique utilise abondamment la forme dite du « gérondif ».
Dans ce cas, au lieu de dire « je marche », on dit quelque chose qui signifie : « je suis en-train-de-marcher », En fait on dit « je suis [en] marchant ». On utilise le verbe être + le participe présent, ou gérondif, du verbe qu'on veut rendre.
Comme en gaélique, les choses sont loin d'être simples, on dit même : « suis je à marchant ». On rajoute la préposition ag devant le gérondif (pourquoi pas, après tout, question d'habitude...).
Continuons : le verbe être, à l'infinitif se dit bheith. Mais, cette racine ne se reconnaît pas tellement dans les conjugaisons.
Au présent, dans la forme affirmative simple, être s'écrit : Tá (prononcer : to). Le verbe se plaçant toujours en premier, cela donne :
je suis : tá me ; tu es : tá tú ; il est : tá sé ; elle est : tá sí ; vous êtes : tá sibh, ils/elles sont : tá siad.
Mais, ne manque-t-il pas quelque chose ? et « nous sommes » ?
Eh bien, il y a plusieurs manières de le dire. Normalement, ce devrait être tá sinn, mais si c'est correct, cela ne se dit presque jamais... à la place, on utilise soit une forme contractée qui peut paraître assez bizarre : táimid, soit tá muid, où muid est une autre façon de dire « nous ». Dans la suite, on privilégiera táimid et les formes contractées du même style dans les autres temps car l'utilisation de muid est régulière et se déduit donc facilement (même forme que pour les autres personnes, en mettant muid à la place du pronom).
Maintenant passons à la forme négative ; en général, on utilise un signe de négation devant le verbe, mais pour le verbe être, il y a une règle spéciale : on utilise en tout et pour tout le mot níl au lieu de tá.
Ce qui donne (notez encore le cas particulier de « nous ») :
Je ne suis pas |
Níl mé |
Tu n'es pas |
Níl tú |
Il n'est pas |
Níl sé |
Elle n'est pas |
Níl sí |
Nous ne sommes pas |
Nílimid (ou Níl muid) |
Vous n'êtes pas |
Níl sibh |
Ils ne sont pas |
Níl siad |
Les formes interrogatives sont encore différentes :
Suis-je ? = An bhfuil mé ?
Ne suis-je pas = Nach bhfuil mé ?
Ici, il faut noter plusieurs choses :
1) la forme interrogative du verbe être au présent de l'indicatif est fuil. La présence du préfixe « bh » est due à un processus dit de nasalisation (ou eclipsis en anglais), qui survient dans différents cas, que nous verrons plus loin. En l'occurrence, il change la prononciation, qui devient quelque chose comme « ouil ».
2) il faut toujours utiliser une préposition en début de phrase interrogative (non négative). Ici, c'est an, mais c'est spécifique au verbe être. En général, c'est ar.
3) cette fois-ci, la forme interro-négative est classique : négation (nach) +verbe (bhfuil) +sujet. Cependant, l'emploi de nach est spécifique au verbe être, là encore.
Je ne connais pas le terme français exact, aussi emploierai-je le terme de lénition, dérivé de l'anglais lenition. A noter qu'en irlandais, cela se dit séimhiú.
La lénition consiste donc à rajouter un « h » juste après le début d'un mot placé après certaines prépositions, quand ce mot comporte déjà certaines caractéristiques, comme de commencer par les lettres p, f, b, m, t, s, d, c, g.
La lénition change la manière de prononcer les lettres, comme suit :
1. Sons formés avec les lèvres :
Transformation |
Prononciation |
p >> ph |
[f] avant a,o,u |
p' >> ph |
[f'] avant i,e |
f >> fh |
[ - ] (silencieux) |
b , m >> bh, mh |
[w] avant a,o,u |
b', m >> bh, mh |
[v] avant i,e |
2. Sons formés à la limite arrière des dents :
t >> th |
[h] |
s >> sh |
[h] |
d >> dh |
[©] avant a, o, u |
d' >> dh |
[y] avant i, e |
3. Sons formés sur le palais, à l'arrière de la
bouche:
c >> ch |
[x] avant a, o, u |
c' >> ch |
[x'] avant i, e |
g >> gh |
[©] avant a, o, u |
g >> gh |
[y] avant i, e |
Quelques explications :
- [©] est aussi une espèce de R roulé (représenté
dans la nomenclature internationale par la lettre Gamma et remplacé
ici par un symbole disponible dan l'ISO 8859-1).
Règles d'emploi :
1) La lénition fait suite aux prépositions : ar (sur), faoi (sous), trí (à travers), ó ([venant] de).
Exemple :
cheval = capall |
à (sur un) cheval : ar chapall |
arbre = crann |
sous un arbre = faoi chrann |
gaélique irlandais = gaeilge |
dans (à travers) la langue irlandaise = trí ghaeilge |
ville = baile |
de la ville = ó bhaile |
Le terme « aspiration » (tombé en
désuétude) provient de ce que le h ajouté est aspiré.
Remarque : après les prépositions ag (à), as (hors de), go (vers, jusqu'à), le (avec), thar (par dessus), il n'y a pas de lénition :
ag baile (à la maison), as baile (loin de chez soi), go Meiriceá
(vers l'Amérique), go maidin (jusqu'au matin), thar daí (par
dessus la clôture).
Noter que baile veut dire aussi bien la
maison que la ville, c'est
l'endroit où l'on habite.
2) les noms féminins se lénitent normalement après « an » :
bean (femme) >> an bhean (la femme)
Il y a deux exceptions à cette règle :
2.1 : pas de lénition après les lettres "d" et "t" :
- deoch >> an deoch (la boisson)
- tír >> an tír (le pays)
La raison de cette exception est que les lettres d et t se prononcent avec la langue au même endroit que pour un n. Ce dernier (à la fin de « an ») empêche donc la modification phonétique de d en dh et t en th.
2.2 : au lieu de léniter un "s", on rajoute un "t" avant :
sráid >> an tsráid (the street) [et NON an shráid]
Le "t" est prononcé et le "s" est silencieux.
Cette fois, il n'y a pas de trait (-) entre le t et le nom, contrairement au cas des noms masculins qui commencent par une voyelle.
En anglais, on appelle aussi ce processus eclipsis. En irlandais, c'est urú.
Il consiste à rajouter une (voire deux) lettre(s) devant certains mots, dans certains cas. Seuls sont concernés a priori les mots commençant par une voyelle, ou les consonnes p, b, f, t, d, c, g.
Dans le détail :
p devient bp |
b devient mb | f devient bhf | t devient dt |
d devient nd |
d devient gc | g devient ng | |
a devient n-a |
e devient n-e | i devient n-i | u devient n-u |
Noter que ces lettres sont toujours minuscules même
si le nom est
entièrement en majuscule après. Par exemple, Dublin se dit
en Irlandais : BAILE ÁTHA CLIATH et « À
Dublin » se dit : « i mBAILE ÁTHA
CLIATH ».
La nasalisation survient dans les cas suivants :
1) suite à certaines prépositions placées devant l'article défini an + le mot.
Exemples :
ag |
ag an bpoll (au trou) |
ar |
ar an bhféar (sur l'herbe) |
faoi |
faoin gcrann (sous l'arbre) |
leis |
leis an mbuachaill (avec le garçon) |
ó |
ón gcathair (de la ville) |
thar |
thar an ngeata (au-dessus de la barrière) |
trí |
tríd an bhfuinneog (à travers la fenêtre) |
Ce processus s'applique aussi bien aux noms masculins que féminins.
Noter la contraction faoi + an = faoin, ó + an = ón.
Par ailleurs, comme baile, cathair
veut dire aussi ville,
mais dans le sens de la cité (construction).
2) on nasalise aussi après :
i (à : indiquant l'endroit) : i gCill Chainnigh : à Kilkenny
na (de) : Amhrán na bhFiann : le Chant du Soldat
Remarque :
la nasalisation n'a pas lieu pour les mots commençant par d, t ou une voyelle s'il y a l'article « an » entre la préposition et le mot :
on dit |
ag an doras | et NON | ag an ndoras |
on dit |
ón teach | et NON | ón dteach |
on dit |
leis en uan | et NON | leis an n-uan |
Prononciation :
En fait, la nasalisation revient dans le cas des consonnes t, c, d, b, p, à remplacer phonétiquement la lettre initiale par celle qu'on a ajoutée. Par exemple, baile se prononce en gros (vraiment très approximatif) : bailly, et i mbaile : i mailly.
Regardez chaque cas, et vous verrez que cela revient bien à nasaliser la lettre : t => d, c => g, b => m etc.
- ng ne se prononce pas « n » mais un son correspondant au ng dans sing en anglais...
- bhf se prononce comme un « h » ou à peu près.
Quant aux voyelles, n-a se prononce na etc...
1) certaines prépositions (go, le, na), quand elles sont placées devant un nom commençant par une voyelle, lui rajoutent un « h » initial :
áit = endroit |
ó áit go háit : d'un endroit à l'autre |
uisce = eau |
le huisce : avec de l'eau |
Éireann = irlandais |
na hÉireann = de l'Irlande |
2) rappel : pour les noms masculins commençant
par une voyelle,
en nominatif/accusatif on rajoute normalement « t- ».
Ce « t » disparaît quand il y a une préposition
devant an :
ex : an t-oileán (l'île) devient
as an
oileán ([venant] de l'île)
Fin de la partie 1. Partie 2
Cette page est maintenue par Yves SAGNIER.
Mis à jour le 17 mai
1997.